Un livre relié aux armes du Cardinal de Mazarin à Saint-Omer !

  La Bibliothèque d’agglomération de Saint-Omer conserve une superbe édition bilingue grec-latin des trente-trois Oraisons de Themistius*, sortie des imprimeries royales à Paris en 1684.

 

La notice de J. Aubin : Themistii Orationes graece et latine ex versione et cum notis Dionysii Petavii : eccesserunt ad priores viginti orationes notae alternae ; ad reliquas vero tredecim perpetue observationes Johannis Harduinis parisiis ex typographia Regia 1684 1 vol. in folio.
 
Themistius né vers l’an 360 de Jésus Christ, sous l’empire de Constance, de Julien l’apostat, de Jovien et de Valence, enseigna avec tant d’éclat à Antioche, à Nicomédie, à Rome et ailleurs, qu’il effaçoit tous les philosophes de son temps. Ses harangues sont très estimées. Il en avoit laissé trente six. Henri Étienne en publia quelques unes : le père Petau en fit faire une édition, qui fut suivie d’une autre meilleure que la première ; mais toujours imparfaite, puisqu’il manquoit seize oraisons. Il chercha si bien qu’il en trouva treize dont il traduisit en latin la meilleure partie ; et le père Hardouin son confrère, les fit paraitre pour la première fois dans la nouvelle édition qu’il donna de ce philosophe en 1684. Cette édition de l’imprimerie royale est fort belle et la plus estimée.
 
Jean Charles Joseph, Aubin, Catalogue raisonné de la Bibliothèque de Saint-Omer, vol. 2, p. 847-848.

 

  Le plus intéressant c’est que cet opus, relié plein veau estampé à chaud (doré), présente des plats de reliure  frappés des armes du cardinal de Mazarin (1602-1661) : D’azur au faisceau de licteur d’or lié d’argent, la hache du même, à la faces de gueules brochant sur le tout chargée de trois étoiles d’or. La reliure est en veau brun, à six nerfs aux entrenerfs décorés de caissons fleuronnés, et pièce de titre rapportée à fers dorés. Les plats présentent, outre les armes du cardinal, un encadrement à triple liseré doré et fleurs de lys aux écoinçons.

 

On observe que l’ouvrage concerné a été édité près de vingt ans après la mort du cardinal ! Il ne peut donc s’agir d’un ouvrage provenant de sa bibliothèque personnelle.

En réalité, ce livre provient vraisemblablement du Collège des Quatre Nations, à la fondation duquel Mazarin, par testament, destine sa fortune. Ce collège tient son nom de ce qu’il est destiné à l’instruction gratuite de soixante écoliers provenant des quatre provinces que Mazarin a contribué à unir à la France durant sons ministère par la signature du Traité de Westphalie (1648) et du Traité des Pyrénées (1659). Il s’agit de l’Artois (moins Aire et Saint-Omer !!), l’Alsace (sauf Strasbourg), Pignerol et du Roussillon.

Mazarin lègue également au collège sa bibliothèque, et fait en sorte qu’elle soit ouverte aux gens de lettre deux fois par semaine. Ce legs est à l’origine de la Bibliothèque Mazarine. La bibliothèque continue d’être enrichie par la suite, de nombreux volumes qui sont systématiquement reliés de la même façon, et frappés aux armes de l’illustre fondateur.

Par ailleurs, les lauréats des prix d’excellence du Collège se voient offrir des volumes reliés de la même façon. Ces livres ont été depuis dispersés au grès des vicissitudes des bibliothèques des lauréats de ces prix. C’est probablement l’origine de nos Oraisons de Thémistius.  Il nous reste désormais à découvrir quel est cet audomarois qui fut collégien aux Quatre Nations, et lauréat de ce prix…

Sous la révolution le Collège des Quatre-Nations devint successivement le collège de l’Unité, puis une maison d’arrêt, le siège du Comité de salut public, puis celui de l’École centrale supérieure et celui de l’École des beaux-arts. Enfin, en 1805, Napoléon y installe l’Institut de France, résultant de la fusion en 1795 des cinq académies (Académie française, Académie des inscriptions et des belles lettres, Académie des sciences, Académie des Beaux-Arts et Académie des sciences morales). Il prend alors le nom qu’il a gardé jusqu’à nos jours de Palais de l’Institut, siège de l’Académie française.

 

* Thémistius de Paphlagonie (317-395), dit Euphradès, est un homme d’état et orateur grec. Sénateur à Byzance, il en devient préfet et sera le précepteur du Fils de Théodose. Ses œuvres ont été d’abord traduites en arabe au VIIe siècle avant de l’être de l’arabe vers le latin au XIIIe siècle. Elles ont eu une grande influence sur la pensée médiévale.