une reliure pleine de suprises

L'incunable n°30 de La bibliothèque de l'agglomération du Pays de Saint-Omer

L'ouvrage concerné est le n° 255 de notre inventaire, reclassé par la suite sous le n° 30 de nos incunables.

 

CONTENU

Il s'agit d'un recueil factice contenant trois éditons in-4°.

1 : LUDOLPHUS DE SAXONIA, Vita Christi. Texte abrégé. – [Louvain : Johannes de Westfalia, circa 1483-1484] – (H 10303*. Polain 2540. Camp 1180. HPT II 490. Pr 9249 - ISTC No.il00343500 - CRI IX : L-26)

2 : GOBIUS (Johannes), Scala coeli. – Louvain : Johannes de Westfalia, 1485 – (HC 9408. Pell 5271. Pol 1662. Goff G‑313. BMC IX 143. Camp 1044. EL 268. HPT I, 60 . I, II, pl. 158. Oates 3716. Pr 9236 - ISTC No.ig00313000 - CRI IX : G-64)

3 : NICOLAUS PERGAMENUS, Dialogus creaturarum moralisatus. – Köln : Konrad Winters, 24 X 1481 – (HC 6126. Pell 8314. Pol 1265. Goff N­153. BMC I 249. Pr 1169. VK 845 - ISTC No.id00159200 - CRI IX : N-14) Attribué à Nicolaus Pergamenus sur la base du manuscrit latin 8512 de Paris BnF, et au docteur milanais Mayno de Mayneriis sur la base du manuscrit de la bibliothèque du chapitre de Crémone, étayée par des références locales dans le texte ; cf. Pio Rajna, “Intorno al cosiddetto « Dialogus creaturarum » ed al suo autore”, in Giornale storico della letteratura italiana 10 (1887) pp.75-113.

 

PROVENANCE

Ce volume possède de multiples marques de provenances, toutes du XVIIe siècle, qui nous en apprennent un peu sur son histoire.

Avant d'arriver dans les collections de la bibliothèque d'agglomération, il se trouvait dans celle du Séminaire épiscopal, comme l'indique la mention Bibliothecæ Collegii seu Seminarii Sti Audomari que l'on trouve sur le premier feuillet de la première pièce.

Il a également appartenu à un prêtre nommé Charles-Augustin Becquet, qui a apposé son nom sur ce même feuillet : Ex lib. Caroli Augustini Becquet presbyteri. On le retrouve dans un autre volume provenant du séminaire épiscopal de Saint-Omer : Rembert Dodoens, Cruijdeboeck, Anvers, Jan Van der Loe, 1554 (Saint-Omer, BA, inv. 1382). Une pièce des archives hospitalières de Saint-Omer (ADN, série B., liasse  46), relative à un procès qui s'est tenu en 1681, nous apprend qu'il était chanoine de Notre-Dame de Saint-Omer. Un autre document précise qu'il était également confesseur et chapelain de l'hôpital Saint-Louis.

Frère François Dujardin qui a lui aussi apposé son nom sur le premier feuillet du recueil. : usm fratris Francisci Dujardin.

Un certain N. Crescent, a inscrit son nom sur le même feuillet.

Enfin, au verso du dernier feuillet on trouve la mention : “[…]cus Martinus”.

Cela nous fait pas moins de cinq identités différentes.

 

RELIURE

La reliure est du XVIe siècle, elle mesure 280 x 215 x 55 mm. Ses plats sont constitués de nombreux défaits d’imprimés collés entre eux, portégés d'une couvrure en veau brun,
estampée à froid
(sans or) d'un double encadrement de triples filets, enrichi de filets à froid dessinant des losanges dont les espaces ont reçu des petits fers froid en forme d'étoiles rayonnantes. Le dos compte quatre nerfs, estampés de filets à froids en pieds de nerfs, avec un décor de filets à froid sur les caissons. Les tranchefiles sont manquantes, et la couture est faite sur trois lanières de peau mégissée fendues et torsadées et une lanière de peau mégissée torsadée simple. Les gardes contrecollées sont en papier vergé, avec plusieurs feuillets collés au contreplat, même chose pour les gardes de fin, renforcées par des claies en parchemin de remploi.

Les pages de gardes

Les pages de gardes de notre volume avaient été rassemblées et collées les unes aux autres à une époque indéterminée (probablement au XVIIIe ou au XIXe siècle). Cette action avait pour objectif de les renforcer, car elles s'étaient fragilisées par l'usure. La restauration du volume a ainsi permis de les désolidariser et de retrouver plusieurs documents intéressants.

Parmi les gardes supérieures se trouvent en effet :

- Deux reconnaissances de dettes de cinq et six livres, d'un certain Lerdier, Pasteur et clerc de Wambrechies, à François de Haynin, baron d'Hamelincourt, datées d'avril 1663 et de décembre 1665.

(cliquer sur les images pour avoir un agrandissement)

 - La copie du texte du diplôme de licence en théologie décerné à Charles-Augustin Becquet, l'un des possesseurs du volume, par l'université de Douai, le 13 des nones de décembre de l'an 1774.

- Une gravure du XVIIe siècle, figurant Thomas Becket, c'est à peu de chose près la même que celle conservée à la National Portrait Gallery de Londres (NPG D23961) si ce n'est que leurs tituli diffèrent. Cette gravure a très vraisemblablement été réalisée d'après un modèle de Lucas Vorsterman de 1523-1640 où le saint présente le même visage , mais sans l'arme de son supplice ni la dalmatique. On peut supposer que la gravure ait été ajoutée par Augustin Becquet, en raison de la parenté de son nom avec celui du saint.

 Enfin, on trouve six feuillets en parchemin de remploi, utilisés comme renforts des coutures des cahiers liminaires. Ces feuillets viennent apparemment tous d'un même manuscrit, probablement du XIVe siècle d'après l'écriture, et qui contenait une copie des homélies de Bède le vénérable.

Les fragments de réemplois des cartonnages de la reliure

 Mais c'est dans les matériaux plats eux-mêmes que se trouvent les pièces les plus intéressantes !

En effet, le relieur a utilisé des documents qui, pour certains n'avaient pas pour vocation d'être conservés. Ils sont de ce fait devenus rarissimes. 

C'est le cas notamment des :

  • 3 exemplaires de la pronostication pour l’année 1525, imprimé par Michiel Hillen van Hoochstraten

  • 2 exemplaires de la pronostication pour l’année 1525, imprimé par Willem Vorsterman

  • 1 exemplaire de l’almanach pour l’année 1525, probablement aussi imprimé par Willem Vorsterman.

 Les 5 pronostications de 1525 imprimées à Anvers par Hoochstraten et Vorsterman n’étaient connues d'aucun bibliographe à ce jour !

Quant à l'almanach, c'est l'unique exemplaire actuellement connu qui soit intégralement préservé. Le seul autre exemplaire conservé, à la bibliothèque de l’Université de Leyde (1402 A 13), a été coupé et ne montre pas le nom de Jaspar Laet (voir : Nijhoff & M.E. Kronenberg, Nederlandsche bibliographie van 1500 tot 1540, n° 2295).

 En plus de ces raretés, on trouve également un grand nombre de fragments provenant principalement de deux missels, dont deux feuilles complètes, une d'un in-quarto et une d'un in-folio, où l'on peut encore voir la disposition des pages avant le pliage de celles-ci.