Évangéliaire


Volume de 158 feuillets de parchemin inscrits à longues lignes sur 32 lignes d'une réglure tracée à la pointe sèche. L'écriture est une belle minuscule caroline régulière mais où l'on distingue plusieurs mains.

CONTENU
Les dix premiers feuillets sont un ajout des XIIIe et XVe siècles, où l'on y trouve une série formules juratoires pour différentes fonctions épiscopales et capitulaires :
_f. 1-2 : Juramentum prestandum per reverendissimum dominum episcopum Audomarensem.
_f. 3-9 : des formules juratoires pour tous les dignitaires, membres et officiers du chapitre.
_f. 9-9v. : quatre autres formules, à la suite desquelles on lit : Registratum per me Olivierum de Latre, presbyterum, notarium, capellanum, ad mandatum dominorum meorum decani et capituli hujus ecclesiæ, hac die XVII mensis octobris anni XVC sexagesimi septimi. Teste O. de Latre, not.
_f. 10-10v. : une formule juratoire pour les archidiacres datée de 1563 et contresignée en 1565.

Le texte principal (f. 11-158) est celui d'un évangéliaire qui débute par les tables des canons, suivit de la liste des chapitres organisés selon l'année liturgique, puis viennent les textes des quatre évangiles canoniques découpés en fonction de l'ordre des lectures. Chaque évangile est par ailleurs précédé de la préface de Jérôme de Stridon.

DÉCOR
Le décor de ce manuscrit s'inscrit dans la tradition des évangéliaires carolingiens. Il est constitué par les tables des cannons figurées par des colonnades richement ornées, suivit par une représentation du Pantocrator entouré du tétramorphe, et par trois doubles pleine-pages figurant le portrait de l’évangéliste ou/et de son symbole, en regard d'une page de grandes initiales pour l’incipit du texte.
Mais seul l'évangéliste Matthieu a été représenté, les trois autres n'ont que la page de grandes initiales ornées, l'espace qui devait accueillir l'évangéliste est resté vide, et l'évangile de Jean n'a que la page d'incipit.

Au moins trois artistes sont intervenus dans ce manuscrit.

_1° Le plus habile a exécuté les feuillets 16v.-17 des tables des canons et les figures des évangélistes du f. 12v., le Pantocrator et la double pleine-page de l'évangile selon Matthieu. Il pratique un art très graphique, qui se traduit par un tracé sec et nerveux, des figures longilignes et graciles enveloppées de drapés mouillés aux bords très découpés et bouillonnants. Son style est nettement influencé par l'art qui se développe durant la première moitié du XIe siècle au sud de l'Angleterre et notamment à Winchester, Ramsey et Cantorbery. Cet artiste copie d'ailleurs directement un autre évangéliaire de Saint-Bertin (Boulogne sur Mer, BM, ms. 11, f. 10), probablement enluminé à Winchester, vers 990-1010.
Il est possible qu'un autre dessinateur, influencé par l'art insulaire, soit intervenu pour réaliser les contours à l'encre rouge des différents tableaux et notamment des tables des canons, et la partie supérieure de la lettre J du f. 36. Mais comme certaines parties de la figure de Matthieu au f. 35v. sont également en rouge il pourrait s'agir du dessinateur principal.

_2°. Le second a décoré les autres feuillets de la table des canons et a probablement réalisé aussi le dessin des incipits des évangiles de Marc (f. 71v.-72), Luc (f. 96v.-97) et Jean (f. 133). Son tracé est plus épais, ses figures sont moins délicates mais plus expressive. Il est déjà plus proche de l'art roman du début du XIIe siècle.

_3°. Un troisième enlumineur, probablement plus tardif et moins habile a réalisé les trois pages d'initiales ornées, et les lettres de couleurs. Il a aussi très certainement ajouté les quelques touches de couleurs maladroites que l'on observe dans les compositions précédentes.

5°_Les f. 3 à 8v. sont également ornés de plusieurs initiales émenchées filigranées bleus et rouges de grande qualité. La nature de ces filigranes avec leurs filets qui s'élancent dans la marge, la disparitions des œufs de grenouille et le caractère parfois hâtif de certain dessins suggère les années 1270-1320.

ICONOGRAPHIE

1°_ Les tables des canons sont ornées de diverses figures animales et humaines qui s’inscrivent dans la tradition carolingienne franco-saxonne. A chaque fois la même composition est répété deux fois.
_f. 11 et f. 18v. : deux lions qui se mordent la queue entre les arcades, deux protomés léonins, et deux tête d'oiseaux terminent les arcatures.
_f. 11v.-12 : deux aigles sont posés sur les écoinçons et les symboles des évangélistes sous les arcades.
_f. 12v.-13 : la même composition est répétée à nouveau sur chaque page. Les deux arcades extérieures sont surmontées par deux serpents qui tiennent un cartel vide. Au dessus de l’arcature centrale se trouve un Christ à mi-corps qui tient un médaillon contenant, f. 12v. un agneau et f. 13 l'inscription : EGO SUM OSTIV[M]. Sous chaque arcade sont dessinés les symboles de Matthieu, Marc et Luc. Sur les chapiteaux des 8 colonnes, 7 hommes et 1 femme sont représentés dans la mandorle formée par l'arcade, dans l'épaisseur de laquelle est inscrite la série des béatitudes, de gauche à droite :
-Beati pauperes spiritu quoniam ipsorum est regnum [caelorum] : Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux.
-Beati mites quoniam ipsi possidebunt terram : Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
-Beati qui lugent quoniam ipsi consolabuntur : Heureux les affligés, car ils seront consolés.
-Beati qui esuriunt et sitiunt iustitiam quoniam ipsi saturabuntur : Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
-Beati misericordes quia ipsi misericordiam consequentur : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
-Beati mundo corde quoniam ipsi Deum videbunt : Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
-Beati pacifici quoniam filii Dei vocabuntur : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
-Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam quoniam ipsorum est regnum caelorum : Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.
_f. 13v.-14 : les symboles des trois évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, sont figurés sous les arcades.
_f. 14v.-15 : les symboles des trois évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, sont figurés au-dessus des arcs entre des tourelles.
_f. 15v.-16 : un serpent s'enroule autours de la colonne centrale, deux anges sont figurés à mi-corps dans les écoinçons extérieurs des arcs et dans la partie supérieure se trouvent les symboles de Matthieu et Luc.
_f. 16v.-17 : Les arcades sont surmontées d'une toiture dont le fronton est orné d'un quadrilobe où est figuré un ange en pied tenant un livre. L'ange du f. 17 est une citation de celui de la Visitation du manuscrit de Boulogne sur Mer, BM, ms. 11, f. 10.
_f. 17v.-18 : une série de serpents sont enroulés le long du fût des colonnes du registre supérieur.

_2°. folio 35r. : cette grande miniature en pleine-page représente le Christ en gloire entouré des symboles ailés des évangélistes (l'homme, le lion, le taureau et l'aigle). Le Christ, barbu et aux cheveux longs, est auréolé d'un nimbe crucifère et couronné. Il trône sur un arc au sein d'une gloire en amande (mandorle) bleue surmontée d'une croix, ouverte sur un disque rouge vermillon.
De sa main gauche, il tient un livre ouvert posé sur sa cuisse, et de la droite, il fait le geste de bénédiction. Ses pieds reposent sur un escabeau en losange qui se détache sur un autre disque vermillon. Il est revêtu d'une longue tunique et d'un manteau enroulé autour de sa taille et passé sur ses épaules, dont le pan semble soulevé par un souffle.
Les symboles des évangélistes sont tous figurés tenant un livre, dans un médaillon sur fond bleu et nimbé de rouge. Les trois animaux ont le corps tourné vers l'extérieur et le visage vers le Christ. L'homme est orienté vers le Christ à qui il semble tendre ou montrer son évangile.
C'est une citation directe du manuscrit de Boulogne sur Mer, BM, ms. 11, f. 10.

_3°. f. 35v.-36 : Cette double pleine-page ouvre l'évangile selon Matthieu.
Page de gauche, l'évangéliste est figuré en majesté, béni par la main de Dieu. Il est assis sur une chaise curule, sous un velum ouvert dont les pans sont passés dans la bordure intérieure du cadre. Il est nimbé, tonsuré, vêtu d'une tunique et d'un pallium dont le drapé reprend celui du Pantocrator du feuillet précédent, et a les pieds posés sur un escabeau. Il tient un livre ouvert posé sur sa cuisse gauche et sur son bras gauche, et fait un geste de bénédiction de la main droite.
Sur le feuillet de droite est dessiné un grand J historié dont la haste comprend les figures d'Abraham et du Roi David, ancêtres du Christ figurant son pouvoir spirituel et temporel. Les rinceaux de l'encadrement sont habités par des figures humaines et animales parmi lesquelles on distingue une chasse au lièvre dans la partie supérieure.

PROVENANCE
Comme en attestent les textes des premiers feuillets, ce volume appartenait au Chapitre de Notre-Dame de Saint-Omer. Mais il a été copié et enluminé à Saint-Bertin.

RELIURE
La reliure actuelle est une restauration début XXe s. de la BNF en cartonnage couvert de veau fauve.
Mais dans le CGM on trouve une description d'une reliure plus ancienne : Un des ais porte encore des traces d'une reliure en velours rouge à clous dorés ; l'autre, brisé, était creusé à une profondeur de 4 à 5 centimètres.

BIBLIOGRAPHIE

A. Catalogues d’exposition

_Art du Moyen Âge en Artois (l’), Arras, 1951, cat. 11, p. 46-47.

_Splendeurs et lumières des bibliothèques ecclésiastiques audomaroises au Moyen Âge (IXe-XVIe s.), cat. expo., Saint-Omer, 2013.

B. Travaux universitaires non publiés

_SVOBODA, Rosemary Argent, The Illustrations of the life of Saint-Omer (Saint-Omer, Bibliothèque municipale, Ms. 698. 2), thèse, University of Minnesota, 1983.

C. Bibliographie générale

_BOUTEMY, André, « Un trésor injustement oublié : les manuscrits enluminés du nord de la France (période pré-gothique) », Scriptorium, 3-1, 1949, p. 110-122.

_BOUTEMY, André, « Encore un manuscrit décoré par Odbert de Saint-Bertin (Leyde, BPL 190) », Scriptorium, 4, 1950, v. 2, p. 245-246

_BOUTEMY, André, « La Miniature », dans E. Moreau, dir., Histoire de l’Eglise en Belgique, II, 2e éd., p. 311-361 (ici p. 326).

_BOUTEMY, André, « Notes de voyages sur quelques anciens manuscrits de l’ancien archidiocèse de Reims », Scriptorium, 2, 1948, p. 123-129.

_BOUTEMY, André, « Odbert de Saint-Bertin et la seconde Bible de Charles le Chauve », Scriptorium, 4, 1950, p. 101-102.

_BOUTEMY, André, « Influences carolingiennes dans l’œuvre de l’abbé Odbert de Saint-Bertin (circ. Ann. 1000) », dans F. GERKE, Georg VON OPEL, Hermann SCHNITZLER (éd.), Karolingische und ottonische kunst. Werden . Wesen .Wirkung, (Forschungen zur Kunstgeschichte und christlichen Archäologie, 3), Wiesbaden, Franz Steiner, 1957, p. 427-433.

_BOUTEMY, André, « Un monument capital de l'enluminure anglo-saxonne : le manuscrit 11 de Boulogne-sur-Mer », Cahiers de civilisation médiévale, 1958, 1-2, p. 179-182.

_DODWELL, Charles Reginald, The pictorial art of the West, 800-1200, Cambridge, Yale University Press, 1993.

_SCHAPIRO, Meyer, « Two Romanesque Drawings in Auxerre and some iconographic Problems », dans Dorothy Miner (éd.), Studies in art and literature for Bella Da Costa Green, Princeton, Princeton Univ. Press, 1954, p. 331-349. [Réimpr. dans Romanesque Art, New York, 1977, p. 306-327]

Auteur
Jérôme de Stridon, saint (345-420) > Père de l'Eglise
Contributeur
De Latre, Olivier > Chapelin
Cote / N° Inv.
Ms. 056
Provenance
Chapitre collégial (Saint-Omer)
Période
11e siècle
Date de début
1050
Date de fin
1099
Type
Manuscrit
Type de document
Enluminure
Manuscrit
Collection
Manuscrits > Chapitre collégial (Saint-Omer)
Lieu de conservation
Bibliothèque de l’Agglomération du Pays de Saint-Omer
Droits
Domaine public

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