Chronique de Saint-Bertin


Titre latin
Yperius / Chronica monasterii Sancti Bertini

Manuscrit de 216 feuillets de parchemin plus deux gardes de parchemin.
Les pages sont inscrites à longues lignes de 30 lignes, inscrites sous la première ligne de la réglure tracée à la pointe sèche.

CONTENU
Jean le Long d'Ypres dit Yperius, Chronique des abbés de Saint-Bertin, dite Chronique d'Yperius.
Cette copie de la Chronique d'Yperius est de la main de frère Pierre Bourgeois qui a laissé un colophon au f. 14 : "Hunc Librum scripsit frater Petrus Bourgois monachus Sancti Bertini Anno Domini MCCCCV.
Le texte est précédé par :
_ Une table des chapitres qui occupe les feuillets 1 à 10.
_Les feuillets 10v.-12 sont vierges.
_ Le f. 13 comprend une liste des abbés de Sithiu : "Hec sunt nomina abbatum Sithiensis cenobii..." qui a été complétée plus tard pars deux mains diférentes.
_Les feuillets 14v. à 16v. comprennent cinq miniatures pleine pages.
_Le texte de la Chronique occupe les feuillets 17 à 212v.
_Les quatre derniers feuillets sont restés vierges.

_Deux langues volantes de papier sont insérées au début du volume, avec des notes concernant les années 1509-1512 d'une main du XVe s.

DÉCOR
Le décor de ce manuscrit est constitué de cinq miniatures pleine-page, de deux miniatures plus petites, d'initiales filigranées simple et émenchées en nombre, avec parfois des filigranes violets. Le f. 18v. comprend en outre un encadrement orné de bandes d'i.
Le style des miniatures est représentatif de la peinture de manuscrit produite dans des ateliers secondaires de province.
Il s'agit d'un art fruste mais efficace, qui campe des figures solidement structurées par des drapés sculpturaux mais peu fluides.
Les compositions sont minimales, avec un décor quasi absent et qui ne recherche pas le réalisme, absence également de complexité dans les poses qui apparaissent figées, visages inexpressifs.
La palette contrastée permet néanmoins de donner à ces miniatures une certaine vivacité picturale.

ICONOGRAPHIE
_1°, f. 9v.-10 : l'abbé Jean d'Ypres et la communauté monastique de Saint-Bertin en prière devant la Vierge à l'enfant entre Pierre et Paul.
Sous un dais architecturé, la Vierge trône couronnée et nimbée, vêtue d'une robe verte et enveloppée dans un manteau violet. Elle tient l'Enfant dans ses bras.
Ce dernier est revêtu d'une tunique rouge et est nimbé d'un nimbe crucifère. Il bénit sa mère de sa main droite et tient un objet rond et bleu dans sa main gauche.
Saint Pierre se tient à droite du trône, vêtu d'une tunique violette et d'un manteau rouge à revers vert. Il est nimbé, tonsuré, tient une grosse clef dans la main droite et tend la gauche en un geste d'extase.
A gauche du trône, saint Paul est nimbé lui aussi, vêtu d'une tunique rouge et d'un manteau bleu. Il tient l'épée et le livre de ses épîtres.
Sous la composition sont peintes les armes de Saint-Bertin : "de gueules à l’escarboucle pommetée d’or et fleurdelisée de même exceptée la branche du milieu qui est terminée en crosse d’or, l’escarboucle chargée en cœur d’une roue dentée d’argent et une bordure componée d'argent et de sable".
La composition est sans grande originalité : centrée et pyramidale. La palette est réduite mais l’enlumineur donne du rythme en jouant sur correspondances chromatiques : le rouge du manteau de Pierre répond à celui de la tunique de l'Enfant et de Paul dont le bleu du manteau répond au nimbe de la Vierge, etc.
Sur le feuillet de droite, sous une arcade gothique, l'abbé Jean d'Ypres et six de ses moines sont agenouillés en prière. L'abbé est revêtu des insignes de sa charge : mitre et crosse, d'une robe blanche et d'un manteau violet qui fait écho à celui de la Vierge. Ses moines sont tonsurés et revêtus de la bure noire des Bénédictins.
Au-dessus de la communauté est peint le blason de Jean d'Ypres : "de sable papelonné d'or au chef d'hermine à la crosse de gueule posée en pal [ici d'or] brochant le tout".

_2°, f. 10v-11, présente deux tableaux de composition similaire placés sous une arcade architecturée contenue elle-même dans un encadrement orné : le copiste Pierre Bourgois (?), abbé d'Auchy, est agenouillé en prière dans une niche architecturée devant les saints fondateurs des Abbayes d'Auchy et de Saint-Bertin identifiés par des rubriques inscrites hors du cadre architecturé sous les personnages : à gauche Bertin et Omer et à droite Silvin et Folquin.
Tous sont nimbés, Bertin est figuré avec la crosse abbatiale quant aux trois autres ils sont revêtus des insignes de l'épiscopat. Tous les quatre tiennent un livre, probablement la copie de la Chronique.
Le Nom de Pierre Bourgois est inscrit à l'encre brune, ce qui le distingue des rubriques des noms des quatre saints, il pourrait avoir été ajouté plus tard mais la graphie est néanmoins proche de celle des rubriques.

_3°, f. 11v. : toujours sous une arcade architecturée contenue dans un encadrement orné, Jean d'Ypres est figuré assis entrain de rédiger sa chronique. L'auteur porte ses attributs abbatiaux. Il est dans sa chaise à écrire pourvue d'un pupitre articulé.
Sous la miniature une inscription indique : "Hic est Johannes abbas Sancti Bertini huius nominis quintus, oriendus de Ypra ad studium missus, gradum in scientia decretorum est adeplus deinde abbas effectus compilavit subsequens opus".

_4°, f. 133v.-134 :
La miniature de droite représente un moine agenouillé en prière devant la Vierge à l'Enfant. Celle-ci est figurée presque comme sur la première miniature, mais elle tient une fleure rouge dans la main gauche.
Devant les mains jointes du moine se déploie un phylactère ou est inscrit une prière : "Ave Maria Ps Magnificat Ave Ps Ad Dominum Ave Ps. Restaure Ave Ps In convertendo Ave Maria Ps Ad te Levavi"
La miniature de gauche représente le même moine sur son lit de mort avec des roses sur le visage, il est présenté par son abbé et sa communauté à trois évêques.
Ce diptyque relate un miracle survenu à Saint-Bertin en 1163 (cf. la note de G. De Whitte dans la marge de la seconde miniature) et transmit par Yperius d'après le Speculum historiale de Vincent de Beauvais.
L'histoire raconte que l'archevêque de Canterbury, de passage à Saint-Bertin sur le retour de Rome, relate à la communauté des moines la pratique en cours à Jérusalem, qui consiste à réciter des Psaume dont les initiales forment le nom de la Vierge en les ponctuant d'un "Ave Maria".
Parmi les moins se trouve un certain Jossio qui décide réciter cette pieuse acrostiche. Il décède quelque temps plus tard et ses compagnons le retrouvent avec cinq roses sortant de ses yeux ses oreilles et sa bouche, sur cette dernière est inscrit le mot "Maria".

PROVENANCE
L'ancienne cote de l'Abbaye de Saint-Bertin témoigne de ce que ce manuscrit s'y est trouvé à la fin de l'époque moderne.
Le copiste, Pierre Bourgeois qui était moine de Saint-Bertin avant d'être élu 23e abbé d'Auchy-les-Moines en 1403. Son élection n'ayant pas été reconnu par le Pape, il donne sa démission la même année. Sa copie étant datée de 1405, il a du la réaliser à Saint-Bertin à son retour. Elle a pu alors servir de modèle à la copie de Jacques Anesart.
Elle a assez tôt, d'après l'écriture, été en possession d'un certain Alardino Mezemacre, identifié comme un bourgeois de Saint-Omer, dans le mémoire de l'abbé Bonnaire (fc. infra).

Le f. 216 v. porte de nombreuses mentions et plusieurs essais de plume.
_1° : "Mezemacre", "Allardrus Mezemacre est nomen eius" ; "iste liber pertinet Allardino Mezemacre quis leget hunc librum Dei. Scribere clericalis paro doctrinalis novellas pluraque Doctorum sociabo scripta meorum" (XVe s.)
_2° : "Quoniam malorum occasio est in minimis delictis Non adhibere debitam correctionem quia ut inquit Eccles[iastes] "Qui minima negligit paulatim decidit" - La citation revoie à Ecclesiastes 19,1 : "et qui spernit modica paulatim decidet."
_3° : inscription dans une cursive du XVe siècle qui commence par : "Anno 1569 die prima novembris"

RELIURE
Restaurée au XVIe et au XIXe siècle : ais de bois couvert de parchemin ivoire et d'une peau blanche très lacunaire initialement estampée à froid aux petits fers (Crucifixion ou Deisis), dos à 4 double-nerfs, refais en basane au XIXe s. Vestiges et traces de fermoirs.

BIBLIOGRAPHIE

A. Travaux universitaires non publiés

_GOUDESENNE, Jean-François, Le Chant liturgique dans le nord de la France au Moyen Âge, pour une approche de la messe de Pâque & une étude des notations neumatiques, mémoire de maîtrise en musicologie, 3 vol., dir. M. C. Beltrando-Patier, Lille III, 1987 (extraits).

B. Bibliographie générale

_BOINET, M. A., Histoire de la miniature à l’Abbaye de Saint-Bertin d’après la conférence donnée à Saint-Omer à l’Occasion de l’exposition du livre, Le 3 oct. 1926, par M. A. Boinet, administrateur de la bibliothèque Saint-Geneviève, Saint-Omer, L’Indépendant, 1926, p. 23.

_BONNAIRE, Louis De, La vérité de l'histoire de l'église de S. Omer, et son antériorité sur l'abbaye de S. Bertin; ou Réfutation de la dissertation historique et critique sur l'origine & l'ancienneté de l’abbaye de Saint Bertin, &c. Imprimé par ordre de Monseigneur l’évêque & du chapitre de l'église de S. Omer , Saint-Omer, chez Le Breton, 1754, p. 61-69.

_GIL, M., NYS, L., Saint- Omer Gothique. Les arts figuratifs à Saint-Omer à la fin du Moyen Âge 1250-1550, peinture-vitrail-sculpture-arts du livre, Valenciennes, PUV, 2004, p. 183.

_BOUCHAUD, Mémoire pour messire Joseph-Alphonse de Valbelle, évesque de Saint Omer, contre Dom Benoist Petit-Pas, Révérend abbé de Saint Bertin, Paris, Barthelemy Alix, 1735, p. 21-25.

_PIERS, Henri, Biographie de la ville de Saint-Omer, Saint-Omer, Lemaire, 1837, p. 54-55.

Auteur
Jean le Long d'Ypres > Abbé
Cote / N° Inv.
Ms. 739
Provenance
Abbaye de Saint-Bertin (Saint-Omer)
Cote ancienne
Saint-Bertin 630
Période
15e siècle
Type
Manuscrit
Type de document
Manuscrit
Enluminure
Reliure ancienne
Collection
Manuscrits > Abbaye de Saint-Bertin (Saint-Omer)
Lieu de conservation
Bibliothèque de l’Agglomération du Pays de Saint-Omer
Droits
Domaine public

Permalien
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