Chronique de Saint-Bertin


Titre latin
Chronicon Sancti Bertini
Chronicon Sithiense

Manuscrit de 143 feuillets de parchemin plus deux gardes de papier.
Les f. 2 à 7v. sont à longues lignes et le reste est sur deux colonnes de 45 lignes, inscrites sous la première ligne de la réglure tracée à l'encre rouge.

CONTENU
Jean le Long d'Ypres dit Yperius, Chronique des abbés de Saint-Bertin, dite Chronique d'Yperius.
Cette copie de la Chronique d'Yperius, faite à partir du ms. 739 réalisé trente-deux ans plus tôt, est de la main de frère Jacques Anesart qui a laissé un colophon au verso du f. 8. : "Hunc Librum scripsit frater Jacobus Anesart monachus Sancti Bertini Anno Domini MCCCCXXXVII".
Le texte est précédé par :
_ Une table des chapitres qui occupe les feuillets 2 à 7v.
_ Le f. 8 comprend une liste des abbés de Sithiu : "Hec sunt nomina abbatum Sithiensis cenobii..."
_Les feuillets 7v. à 12v. comprennent les 5 miniatures pleine pages.
_Le texte de la Chronique occupe les feuillets 13 à 139v.
_Les feuillets 140v.-143 comprennent une liste des abbés de Saint-Waast d'Arras et semblent d'une autre main.

Guillaume de Whitte a ajouté des annotations sur plusieurs feuillets (f. 22)

DÉCOR
Le décor de ce manuscrit est constitué de cinq miniatures pleine-page, d'une miniature plus petite, d'initiales filigranées simples et émenchées en nombre, ainsi que de quelques initiales caddelées.
Le style tend à être plus illusionniste que dans le ms. 739 : les pauses moins hiératiques, les modelés sont plus subtils et plus réalistes.
Mais on reste dans une production provinciale, relativement peu influencée par l'Ars Nova qui se développe pourtant à la même époque, non loin de là dans les anciens Pays-Bas Méridionaux.

ICONOGRAPHIE

_1°, f. 9v.-10 : l'abbé Jean d'Ypres et la communauté monastique de Saint-Bertin en prière devant la Vierge à l'Enfant entre Pierre et Paul.
Sous un dais architecturé, la Vierge trône, couronnée et nimbée, vêtue d'une robe bleue et enveloppée dans un manteau rose. Elle tient l'Enfant dans ses bras.
Ce dernier est nu et nimbé d'un nimbe crucifère. Il caresse le mention de sa mère de sa main gauche et semble tourner son regard vers saint Pierre qui se tient à droite du trône, vêtu d'une tunique blanche et d'un manteau rouge à liseré d'or. Il est nimbé, tonsuré, tient une grosse clef dans la main droite et tend la gauche vers l'Enfant.
A gauche du trône, saint Paul semble accoudé sur le siège de la Vierge. Il est nimbé lui aussi, vêtu d'une tunique rouge et d'un manteau vert. Il tient l'épée et le livre de ses épîtres.
Sous la composition sont peintes les armes de Saint-Bertin : "de gueules à l’escarboucle pommetée d’or et fleurdelisée de même exceptée la branche du milieu qui est terminée en crosse d’or, l’escarboucle chargée en cœur d’une roue dentée d’argent et une bordure componée d'argent et de sable".
La composition est sans grande originalité : centrée et pyramidale. La palette est réduite mais l’enlumineur donne du rythme en jouant sur les chiasmes chromatiques : le rouge du manteau de Pierre répond à celui de la tunique de Paul dont le vert du manteau répond au trône, etc.
Sur le feuillet de droite, sous une arcade gothique, l'abbé Jean d'Ypres et six de ses moines sont agenouillés en prière. L'abbé est revêtu des insignes de sa charge : mitre et crosse, d'une robe blanche et d'un manteau rose qui fait écho à celui de la Vierge. Ses moines sont tonsurés et revêtus de la bure noire des Bénédictins.
Au-dessus de la communauté est peint le blason de Jean d'Ypres : "de sable papelonné d'or au chef d'hermine à la crosse de gueule posée en pal [ici d'or] brochant le tout".

_2°, f. 10v-11, présente deux tableaux de composition similaire : le copiste Jacques Anesart est agenouillé en prière devant les saints fondateurs des Abbayes d'Auchy et de Saint-Bertin identifiés par des rubriques inscrites hors du cadre architecturé sous les personnages : à gauche Bertin et Omer et à droite Silvin et Folquin.
Tous sont nimbés, Bertin est figuré avec la crosse abbatiale quant aux trois autres ils sont revêtus des insignes de l'épiscopat. Trois tiennent un livre, probablement la copie de la Chronique.
Sur le feuillet de droite le phylactère qui sort de la bouche du moine on lit : "auferte faciem tuam anima mea" ; et sur le feuillet de droite : "Beati Confessores pro me Deo date pietea. Frater Iacobus Anesart".

_3°, f. 11v. : toujours sous une arcade architecturée, Jean d'Ypres est figuré assis entrain de rédiger sa chronique. L'auteur porte ses attributs abbatiaux. Il est dans sa chaise à écrire pourvue d'un pupitre articulé. A coté de lui est installée une roue à livres, qui sert à la fois au rangement et à la consultation des ouvrages.
Sous la miniature la rubrique indique : "Hic est Johannes abbas Sancti Bertini huius nominis quintus, oriendus de Ypra ad studium missus, gradum in scientia decretorum est adeplus deinde abbas effectus compilavit subsequens opus", ce à quoi De Whitte a ajouté plus tard : "Obiit anno Dm 1383".

_4°, f. 89v. :
Le registre supérieur représente un moine agenouillé en prière devant la Vierge à l'Enfant.
Devant les mains jointes du moine se déploie un phylactère ou est inscrit une prière : "Ave Maria Ps Magnificat Ave Ps Ad Dominum Ave Ps. Restaure Ave Ps In convertendo Ave Maria Ps Ad te Levavi"
Au registre inférieur, le même moine sur son lit de mort avec des roses sur le visage, est présenté par son abbé et sa communauté à trois évêques.
Ce diptyque relate un miracle survenu à Saint-Bertin en 1163 (cf. la note de G. De Whitte dans la marge de la miniature) et transmit par Yperius d'après le Speculum historiale de Vincent de Beauvais.
L'histoire raconte que l'archevêque de Canterbury, de passage à Saint-Bertin sur le retour de Rome, relate à la communauté des moines la pratique en cours à Jérusalem, qui consiste à réciter des Psaume dont les initiales forment le nom de la Vierge en les ponctuant d'un "Ave Maria".
Parmi les moins se trouve un certain Jossio qui décide réciter cette pieuse acrostiche. Il décède quelque temps plus tard et ses compagnons le retrouvent avec cinq roses sortant de ses yeux ses oreilles et sa bouche, sur cette dernière est inscrit le mot "Maria".

PROVENANCE

D'après le texte écrit par le bibliothécaire de Saint-Bertin Allard Tassart, au verso du premier feuillet et reporté ci-dessous, ce volume a été copié par Jacques Annesart, qui devint le 30e abbé d'Auchy-les-Moines en 1439. La date de la copie étant de 1437, ce manuscrit a probablement été copié par Anesart lorsqu'il était encore moine à Saint-Bertin. Il l'emporte ensuite à Auchy où il est longtemps conservé, jusqu'à ce qu'Olivier Gobert, 34e Abbé d'Auchy (et non d'Anchin comme indiqué dans le CGM), l'offre à Antoine de Berghes, 67e abbé de Saint-Bertin.
Hélas le volume n'a pas été soigné et déjà au XVIe siècle, il portait des traces de moisissures.

Les gardes portent de nombreuses mentions et plusieurs essais de plume.
_f. 1 : "De Whitte 1611" ; "Ne quid nimis Lios" (2 fois - XVIe s.)
_f. 1v. : "Liber Monasterii Sti Bertini" (XVIIe s.) ; "Ce livre appartient à St Bertin 1545 Lios" ; "Liber iste tempore multo in claustris jacuit Alciaci cenobii et Silvini, a reverendo olim patre domino Jacobo Anesart, abbate Alci. ut dignum erat, retentus et custoditus et a successoribus suis, donec venerabilis dud. ecclesiæ abb. Alci. Oliverus Gobert illum domno abbati Sancti Bertini, Antonio de Bergis, offerret. Sed, exceptus sanus et integer, cum marginibus et scriptura, proh pudor ! quorumdam remissione et incuria, partim imbribus expositus sic est stillicidio pluviali putrefactus et induruit, ut ad foliorum apertionem illum oportuerit, ut cernitur, demarginari et abscidi ac detruncari, ne penitus deperiret, nec in posterum ecclesiæ utilitati, pro qua scriptus est, deserviret. Factum est apud Sanctum Audomarum. Anno Domini millesimo quingentesimo XXIIIo. Lib. Tassart".
_f. 140 "Scriptor qui scripsit cum deo vivere possit - Quyquengrongne vive Bourgoigne" (XVe s.) ; "Scriptor qui scripsit cum deo vivere possit" (XVIe s.).
_f. 148v. : "De Whitte 1603" ; "Quyquengrongne vive Bourgoigne" (2 fois XVIe s.) ; "Scriptor quy scripsit cum deo vivere possit" (3 fois - XVIIe s.) ; "Deus inter mortales aut vestia inter dominos, qui omnia se scire et posset credit - Campanus Epicopus Interamnensis" et de la même main : "fures privatorum furtorum in compedibus publici in auro vitam agunt - Cato 1633"(XVIIe s.). [Il s'agit d'un passage légèrement transformé des Nuits Attiques d'Aulu-Gell, XI-18. 2:349]

RELIURE
Refaite au XVIIe siècle : cartonnage recouvert de basane brune, dos à 5 nerfs, caissons estampés de fleurons à chaud, titre estampé a chaud : IPERIUS.

BIBLIOGRAPHIE

A. Travaux universitaires non publiés

_GOUDESENNE, Jean-François, Le Chant liturgique dans le nord de la France au Moyen Âge, pour une approche de la messe de Pâque & une étude des notations neumatiques, mémoire de maîtrise en musicologie, 3 vol., dir. M. C. Beltrando-Patier, Lille III, 1987 (extraits).

B. Bibliographie générale

_BOINET, M. A., Histoire de la miniature à l’Abbaye de Saint-Bertin d’après la conférence donnée à saint-Omer à l’Occasion de l’Exposition du Livre, Le 3 oct. 1926, par M. A. Boinet, administrateur de la bibliothèque Saint-Geneviève, Saint-Omer, L’Indépendant, 1926, p. 23.

_FROMENTIN, Charles, Essai historique sur les abbés et l'Abbaye d'Auchy-les-Moines, ordre de saint Benoit, au diocèse de Boulogne, Arras/Paris, 1882, p. 177.

_GIL, M., NYS, L., Saint- Omer Gothique. Les arts figuratifs à Saint-Omer à la fin du Moyen Âge 1250-1550, peinture-vitrail-sculpture-arts du livre, Valenciennes, PUV, 2004, p. 183.

_PIERS, Henri, Biographie de la ville de Saint-Omer, Saint-Omer, Lemaire, 1837, p. 54-55.

Auteur
Jean le Long d'Ypres > Abbé
Cote / N° Inv.
Ms. 0740
Provenance
Abbaye de Saint-Bertin (Saint-Omer)
Cote ancienne
Saint-Bertin 627
Période
15e siècle
Type de document
Manuscrit
Type de document
Manuscrit
Enluminure
Collection
Manuscrits > Abbaye de Saint-Bertin (Saint-Omer)
Lieu de conservation
Bibliothèque de l’Agglomération du Pays de Saint-Omer
Droits
Domaine public

Permalien
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